Virus, Virus, que vois tu dans ce miroir ?
Le Corona virus nous tend un miroir nous permettant de mieux voir notre société en mutation.

Avec cet « ennemi » invisible, provoquant des dégâts (encore) invisibles (sanitaires, sociaux, psychologiques, financiers, économiques,…), nous franchissons une nouvelle étape dans la dématérialisation de notre réalité.

La mise en œuvre d’un confinement à l’échelle planétaire renvoie à l’individualisation.

L’utilisation des technologies dans la vie sociale  a franchi un nouveau palier. C’est elles qui ont permis  la mise en oeuvre à grande échelle, la moitié de la planète, d’un procédé archaïque, confinement.

Enfin, le « village planétaire » prophétisé par Mc Luhan, dès 1967, est devenu réalité.

 1 - La dématérialisation de notre réalité :

Depuis les années cinquante, le nombre de personnes vivant en milieu rural a baissé pour atteindre 20% de la population aujourd’hui et le nombre d’agriculteurs continue de baisser (-11% entre 2016 et 2019 avec 2,8% de la population active) : le rapport à la terre ne cesse donc de se distendre.

Depuis les années soixante-dix, le nombre de personnes travaillant dans l’industrie et la construction est tombé de 38% à 20% :  le rapport à la fabrication de l’objet s’est donc distendu.

Finalement, aujourd’hui, 76% de la population active travaille dans le tertiaire (52% en 1970) avec des activités largement découplées du matériel, y compris pour le commerce, dont une part croissante se fait sur internet donc sans contact avec les objets.

Rajoutons à cet éloignement progressif du réel, la place croissante de l’énergie électrique, la digitalisation de l’économie à commencer par celle de la monnaie  (carte bancaire, transaction internet,…) la « virtualisation » (terme étrange) du travail et des amis au sein des réseaux sociaux et même l’accroissement de la consommation de compléments alimentaires sous forme de gélules (20% en 2007, 29% en 2015).

Parallèlement, la reconnaissance de plus en plus partagée de l’existence et du rôle de « l’énergie » dans la vie spirituelle humaine nous projettent dans un monde où l’invisible prend une part croissante.

Nous évoluons désormais dans un monde « immatériel » et pourtant nous restons de chair et de sang. Tout le rappelle : la tradition biblique comme les échanges sociaux. Les passages de l’Evangile dans lesquels le Messie donne à boire ou à manger représentent 60% des actions du Christ et beaucoup de religions réglementent l’alimentation. Dans nombre de pays, dont la Chine, la première question est « as-tu mangé ? » et les rituels sont nombreux autour de la nourriture. Le virus, nous rappelle notre condition physique : si nous attrapons une maladie, nous pouvons mourir.

Face à cette tension existentielle, nous n’avons d’autre choix que de monter en conscience pour renforcer le lien entre notre réalité terrestre et notre dimension spirituelle. Mais, la mort des religions et, d’une certaine façon, des idéologies tend à ramener les êtres à leur dimension terrestre et à leur ego renforcé, par ailleurs, par une société dans laquelle la consommation définit de plus en plus les humains.

La pandémie en cours pourrait ramener à un équilibre nouveau temporalité/spiritualité. Traditionnellement la terreur des épidémies suscitait un regain de Foi. La peur du virus donne plutôt la primauté à l’expert scientifique technique. Les grands maitres spirituels et les Eglises, à l’exception de l’Eglise Orthodoxe, tiennent les deux extrémités de cet axe vertical : respecter les consignes des Gouvernements et… prier. Nombreux sont ceux qui espèrent que la crise sanitaire et le confinement vont nous faire évoluer vers une société moins matérialiste et plus spirituelle.

2 - L’individualisme de nos sociétés :

Le confinement referme sur les espaces privés et renvoie les 20% de personnes vivant seules à leur solitude. Cette mesure unique quant à l’ampleur de sa mise en œuvre renforce la tendance historique à l’individualisme.

Les institutions collectives, nous les avons évoquées, ne sont plus. L’idéologie dominante est « chaque personne a en soi les ressources dont elle a besoin. » A titre d’exemple, la communication non violente demande à chacun de prendre la responsabilité de ses émotions et de sa communication avec autrui. La pensée positive renforce cette idée : chacun par ses pensées peut façonner sa vie, y compris sa santé, et réaliser ses rêves. Chacun est donc invité à prendre son destin en main et à se réaliser.

Le paradoxe ici est que les humains sont des animaux grégaires et que le lien sociétal est un impératif. Toutes les grandes sagesses insistent sur l’importance de cette communauté pour grandir. La vertu de cette crise est de ranimer des solidarités intergénérationnelles et inter-secteurs, particulièrement vis à vis de catégories plutôt « rejetées ». Que l’on pense aux personnes âgées, d’un côté ou aux agriculteurs et aux personnels soignants, de l’autre. Des mesures de protection particulières sont prises pour les premières, davantage exposées au risque mortel associé au virus. Des jeunes volontaires aident les exploitants agricoles pour pallier l’absence des « personnels détachés. » Tous les soirs, les soignants sont applaudis du haut des fenêtres et des balcons un peu partout dans le monde.

On assiste même dans beaucoup de pays dont le Canada ou le Mexique, à une « épidémie de gentillesse ». Beaucoup d’organisations, d’institutions et même d’indépendants font preuve de créativité pour manifester leur solidarité : Dons de masques de travail, reconversion de chaine de production pour fabriquer des liquides antiseptiques ou des masques, accès libre à beaucoup de services (MOOC, Bibliothèque Universelle,…) adaptation en web conférence de cours gratuits (yoga, méditation,…), hébergement gratuit d’hôtel pour des personnels soignants,… Mais aussi beaucoup de particuliers multiplient les initiatives pour aider leurs voisins : mutualisation des courses, coups de main ponctuels,… 

 

3 - La médiatisation technologique de la vie sociale :

Le confinement qui correspond au niveau zéro des moyens de contrôler une pandémie puisqu’elle était mise en oeuvre au Moyen Age faute de traitement disponible, n’a été rendu possible à l’échelle que nous connaissons que grâce aux technologies les plus sophistiquées.

En ce qui concerne le contrôle des populations : reconnaissance faciale, identification et traçabilité des personnes infectées, suivi du mouvements des personnes avec leur iphone,…

De son côté, la société n’a pu survivre à cette situation que grâce aux multiples outils de communication internet permettant à la fois d’accéder à des divertissements (cinéma, musique, cours,…), aux autres (réseaux sociaux, outils de télécommunication video,…) et de continuer à travailler (réseaux internet, bases de données partagées,…).

De ces deux points de vue, il apparait clairement que ces technologies ne nous quitteront plus et que cette crise fera franchir un pas considérable et décisif à notre société dans leur utilisation : télétravail, MOOC, web conférence et cours,…

 

4 - Une planète devenue village :

La vitesse de propagation du virus, l’unicité presque totale des solutions retenues, le partage en temps réel de l’actualité de la pandémie partout dans le monde, une solidarité internationale tant sur la recherche de vaccins que sur le partage de moyens de lutte contre le virus,… autant de signes confirmant à quel point nos interdépendances ont réduit la terre aux dimensions d’un village.

Il reste à construire un mode de gouvernance effectivement global, à progresser dans la mise en oeuvre d’une solidarité plus réelle et plus large, mais d’ors et déjà nous ne pourrons plus ignorer notre interdépendance et notre co-responsabilité dans la gestion de notre planète. Cette prise de conscience permettra, il faut l’espérer, de renforcer la coopération dans le domaine de la lutte contre le changement climatique.

 

 

 



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