Le champignon blanc

Il était une fois au plus profond d’une forêt, au pied d’un grand chêne, un tout petit champignon blanc. Il s’était réveillé un beau matin dans cette clairière alors qu’un rayon de soleil perçait l’obscurité des arbres. Il était seul. Si terriblement seul, qu’il fut pris d’un immense vertige. Pour ne pas désespérer, il se mit à rêver. Il fit des rêves étranges, dignes de champignons hallucinogènes.

Ainsi, il se vit au milieu d’une farandole de coccinelles qui l’entraînaient dans la danse. Une autre fois, il fit du toboggan sur le dos d’un éléphant blanc. Une autre fois encore, il s’endormit dans un hamac tendu entre un baobab géant et la lune. Et, à chaque fois, son rêve se réalisait : pas la farandole des coccinelles, ni le dos de l’éléphant, ni même la sieste dans les étoiles. Mais il rencontrât une coccinelle toute rouge avec des points blancs, qui devint sa meilleure amie car sa singularité l’avait isolée de tout ses congénères. Et il joua toute une journée à faire du toboggan sur les racines du chêne. Une feuille posée en travers de branches lui offrit un hamac sur lequel il s’endormit plus d’une fois.

Bref, chaque rêve annonçait un événement heureux. Du coup, il les notait consciencieusement. Il ne savait pas si le rêve annonçait une réalisation ou si c’était l’effet de son désir profond qui le faisait rêver d’événements qui se produisaient par la seule force de son désir.

Un jour, pourtant,  il ne se souvint plus de ses rêves. Il se sentit alors vide de désirs, comme une coquille d’escargot désertée par son occupant. Il ne savait plus que faire, ni ce qu’il voulait : Dormir ou courir ? Manger ou écrire ? Sa vie soudain lui parut vide. Pour s’apaiser, il respira profondément l’odeur des feuilles, des pins et l’air qui venait de si loin chargé de parfums inconnus. Et en respirant profondément, il réalisa que même s’il ne rêvait toujours pas, il retrouvait la paix.

C’est ainsi qu’il prit l’habitude, tous les matins, dans la brume ouatée des jours qui se lèvent, de se tenir droit et de respirer de façon consciente. Il fut surpris de se sentir grandir. Et le petit champignon qu’il était en arrivant, semblait être devenu un champignon géant. Ceci l’apaisa encore davantage car il se sentait beaucoup plus fort qu’au premier jour.

Quand tout change, redescend en toi.

Non que tu ne changes pas mais parce que ton essence (divine) est permanence.



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