Le coronavirus : une chance ?

Le virus est la première grande peur planétaire qui s’empare presque simultanément de tous les habitants. Jusqu’à présent, d’une part les grandes crises y compris les guerres mondiales  s’étaient diffusées progressivement, d’autre part, nous étions face à des dangers « réels » : des faillites, des morts,… Ici, le virus reste une menace invisible et largement virtuelle.

Comme dit le proverbe : « la peur n’est jamais bonne conseillère ».

Pourtant, cette peur a déjà permis une mobilisation et des décisions rapides et radicales avec un impact économique et financier considérable. Ce qui peut nous permettre de fonder de grands espoir sur notre capacité à réagir face à d’autres dangers comme le réchauffement climatique : première espérance !

Plus immédiatement, nous voudrions évoquer ici en quoi cette crise peut être source de renouveau. Celle-ci peut nous permettre de revisiter trois paradoxes qui traversent nos sociétés contemporaines. Ce faisant, nous avons tous une nouvelle chance pour réinventer, en profondeur, nos modes de vie… à une seule condition : en avoir en-vie !

Trois paradoxes -

1 - La sur-dramatisation médiatique de la mort alors même que la mort des personnes n’a jamais été si peu considérée

La sur-dramatisation de la mort est d’autant plus frappante que dans beaucoup de civilisations, la mort faisait partie intégrante de la vie et était acceptée comme telle, qui plus est, dans beaucoup de pays, dont la Chine mais aussi en Occident jusque dans les années trente, la vie avait peu de prix. Les millions de morts de la première guerre mondiale, des goulags et autres campagnes révolutionnaires sont là pour l’attester. Aujourd’hui, chaque mort du virus ou chaque soldat tué en opération suscite un retentissement considérable.

Pour autant, les rites autour de la mort, qui était la marque de respect et d’attention au défunt et à ses proches, tendent à disparaitre. Les morts effrayent tant les vivants que les veillées funèbres se pratiquent de moins en moins, les funérailles ne donnent plus lieu à procession, l’enterrement cède la place à la crémation (passée de 10% en 1994 à 36% en 2017, en France ; 87% en Suisse) , le temps du deuil n’existe plus.

2 - Le deuxième paradoxe est la multiplication des interactions et la solitude croissante des personnes.

Les réseaux sociaux, plus généralement les outils de communication et les moyens de transport nous ont doté d’une sorte d’ubiquité en nous permettant d’être « simultanément », virtuellement ou réellement, en plusieurs endroits à la fois avec des personnes différentes.

Pour autant, jamais les personnes ne se sont senties aussi seules. Le partage d’images personnelles sur Facebook que 3 personnes regardent ou l’accroissement du nombre de personnes vivant seuls (en France : 6% en 1962,19% en 2014) en témoignent.

La crise du coronavirus pousse à l’extrême ce paradoxe avec d’un côté des millions de personnes coupées du monde, qui, dans le même temps, ont accès à une information en temps réel sur le nombre de morts, de personnes atteintes et même sur les lieux fréquentées par ces personnes !

Nous avons là d’ailleurs, les ingrédients d’une augmentation de l’angoisse dont il sera de plus en plus difficile de contrôler les réactions.

3 - Le troisième paradoxe réside dans la coexistence de risques considérables pris par nos sociétés et le refus des aléas de la vie.

La diffusion de l’atome (bombe ou centrale), la mondialisation de la production, les déséquilibres des écosystèmes, la financiarisation de l’économie,… sont, en vrac, quelques uns des risques majeurs que nous avons acceptés de prendre. Ils font pourtant peser des dangers très importants sur nos vies.

Dans le même temps, chaque incident et, a fortiori, chaque catastrophe est jugée inacceptable. Les réactions ulcérées pour un train en retard, la mise en cause des responsables politiques pour les catastrophes naturelles que l’on aurait dû prévoir, ou la juridiciarisation dans le domaine de la santé en sont autant de signes.

 

Une nouvelle chance :

La crise actuelle et la peur qu’elle suscite nous renvoie à ces paradoxes et, surtout, fonctionne comme un rappel sur des composantes fondamentales de nos vies. Elle peut alors apparaitre comme une chance d’en prendre conscience et de réinventer notre monde, à condition que nous en ayons le désir.

1 - Un rappel des composantes de notre être :

Se laver les mains, faire attention aux premiers symptômes,…  peuvent résonner comme une invitation à nous rappeler ce corps que l’on tend si souvent à négliger. L’obésité dans le monde a triplé entre 1975 et 2016 :13% de la population mondiale et 39% en surpoids.

Il y a ensuite le rappel de la présence à soi et de la présence à l’autre : l’arrêt ou le ralentissement de l’activité, voire la mise en quarantaine, nous forcent à nous retrouver face à nous-mêmes et face à nos proches. Evidemment, il y a encore moyen d’y échapper en regardant la télévision, en jouant à des jeux vidéos ou en faisant du sport en salle, par exemple. Mais un espace temporel et physique s’ouvre que nous pouvons réinvestir.

2 - Un rappel de la place de l’autre :

La crise sanitaire et les mesures de protection à prendre peuvent être vécue dans la défiance de l’autre, porteur potentiel du mal. Elles peuvent aussi nous inviter à manifester notre volonté de prendre en compte les intérêts de l’autre dont nous prenons soin en appliquant des mesures de précaution et en le protégeant. Ces gestes de précaution, comme ne plus se serrer la main ou s’embrasser, peuvent être rupture du lien ou renforcement de la relation par un regard ou une inclinaison du corps.

3 - Un rappel des risques pris :

Enfin, la crise sanitaire met à jour si ce n’est tout les risques, au moins un certains nombre et peut nous permettre d’en prendre consciences et de les réévaluer. Il a déjà été largement question de repenser la répartition internationale du travail telle qu’elle a été faite jusqu’alors. Plus modestement, avec les restrictions de circulation et la suspension des voyages, nous avons aussi, l’opportunité de questionner notre « besoin » de nous déplacer aux quatre coins de la planète. Non pour nous couper du monde, mais pour réinventer le voyage qui ne serait plus de l’ordre du « faire un pays en 8 jours » mais de « séjourner dans une ville », par exemple.

 

Un travail à faire :

Ce travail ne peut se faire que si la peur ne nous submerge pas et si nous pouvons laisser émerger le désir de redire « oui à la vie ».

Nous passerions ainsi de « l’instinct de survie » pour lequel notre cerveau reptilien nous dicte nos conduites à une réflexion corticale sur la chance que représente ce danger. Or une des difficultés majeures de cette crise réside dans le fait qu’étant largement virtuelle et invisible, notre peur reptilienne déforme la réalité pour ne retenir que des éléments à risque et nourrit notre cerveau limbique qui fait monter nos émotions qu’il est alors très difficile de contrôler.

Tout ce qui peut calmer ce processus doit donc être mis en oeuvre : la prise de conscience de ces mécanismes, l’acceptation et la prise en compte de nos peurs, la prise de recul par rapport à nos situations, la mise en perspective, la revitalisation des relations d’amour,…autant de piste à explorer pour transmuter cette crise en chance.

 

 



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