La confiance, une question de décision.

L’après » est et sera tout entier contenu dans un mot :  confiance .

Durant toute la période du confinement, la peur a été omniprésente, parfois instrumentalisée.

Les gestes « barrières » et l’isolement, qui ont été érigés en règles « sociales », ont diffusé les principes de protection de soi, de méfiance de l’autre et de peur de la maladie comme les nouveaux fondamentaux de notre société.

Il n'est pas besoin de longues démonstrations pour comprendre que ce faisant ce sont les bases de nos sociétés qui ont été attaquées dans une de ses composantes essentielles : la confiance.

Si on rajoute à cela les changements radicaux du discours des dirigeants : « le virus est sans danger » devenant « l'ennemi en guerre », les masques « inutiles » puis « obligatoires », « il n’y a pas d’argent » à  nous paierons pour tout et même le reste ,…. il est évident que la confiance a été gravement mise à mal.

Or, il n'y a pas de vie sociale sans confiance. Imaginez rouler à 130 km sur les autoroutes sans faire confiance aux autres automobilistes. Depuis l'achat d'une baguette chez son boulanger jusqu’à un partenariat avec un client ou partager avec votre ami(e), comment établir la moindre relation sans confiance ? C’est simplement impossible, sauf à avoir énormément de temps et d'argent pour tout vérifier. Les normes, les lois et les contrats ne peuvent suppléer à une méfiance et à une peur de l'autre généralisées.

La question est donc de savoir comment rétablir la confiance.

 

On admet généralement qu'il faut très longtemps pour la construire… et très peu choses pour la détruire. On me demande souvent comment instaurer ou restaurer la confiance dans une organisation. Nous connaissons tous les principes et les processus qui peuvent permettre d’atteindre cet objectif. « Dire ce qu'on fait et faire ce qu'on dit » est sans doute un des slogans qui les résume le mieux. Sauf que pour être simple à énoncer, il n'en reste pas moins compliqué à mettre en œuvre, particulièrement dans une société hyper connectée et peu mature en termes de conscience collective. Surtout, il demande du temps car ce n'est que pas à pas, preuve après preuve, que l’on reconstruit ainsi de la confiance.

La réalité, c'est que la confiance est d'abord et avant tout une décision des acteurs. Dans la pratique, c'est ainsi que nous fonctionnons : « Je le-la sens bien, je lui fais confiance. » Cette phrase dit à la fois la résolution et la perception intuitive sous tendant la décision. Il me parait donc urgent que collectivement nous prenions conscience de cela pour décider de faire confiance, à nouveau et malgré tout. Il y a forcément une prise de risque. Mais c'est inhérent au mouvement.

Quelles sont les conditions pour pouvoir prendre cette décision de faire confiance ?

Elles sont au nombre de trois, chacune à un niveau différent :

1 - L’évaluation rationnelle : nous avons plus à gagner à faire confiance qu'à rester dans la méfiance. Dans la méfiance tout se bloque. Les pertes déjà considérables de l’arrêt de nos économies, seront démultipliées. La posture des syndicats, qui bloquent les usines au motif qu'ils n’ont pas assez d'éléments pour évaluer les risques liés à la reprise, et la peur des dirigeants d’engager leur responsabilité pénale en ouvrant leurs établissements, l’illustrent.

2 - La prise de conscience de nos interdépendances au sein de nos communautés, quelle que soit l'échelle considérée : locale, nationale, mondiale. Evidemment, il sera plus facile de commencer à un niveau local à la fois pour des raisons de cohésion sociale mais aussi de vitesse et de visibilité des effets concrets qui en résulteront. Mais notre planète étant un village, le local devient de plus en plus mondial, sauf à accepter de trouver une solution en créant vingt problèmes à côté.

3 - La troisième condition, la plus importante, est la disposition intérieure réelle et la décision ferme d'être loyal avec ses partenaires quels qu’ils soient. Ceci en application du principe de la « communication de l’intention » établissant qu'au-delà des mots, c'est l'intention profonde qui est perçue. C’est ainsi que sans attendre la multiplication des preuves, nous pourrons réenclencher le cercle vertueux de la confiance.

Pour réussir cette démarche, une chose est essentielle : vérifier notre intention profonde. Cet alignement intérieur est parfois délicat car nous rejetons généralement dans notre inconscient nos intentions « inacceptables » socialement ou pour nous-mêmes. Ainsi, l’intention : « Je vais être le plus malin et profiter de la situation à leur détriment », par exemple, est clairement inavouable socialement et éventuellement pour l’idée que nous avons de nous-mêmes. Nous aurons donc tendance à renvoyer cette intention dans notre inconscient. Nous penserons alors en toute bonne foi que cette intention n’existe plus. Nous l'aurons remplacée consciemment par l’intention : « Je respecte tous les acteurs et je prends en considération leur situation». Or, si l'intention « être plus malin » est toujours présente en nous, c'est elle qui sera perçue par les acteurs avec les conséquences que l'on peut imaginer. « Tu verras qui sera le plus malin ».

Il faut donc vérifier notre alignement intérieur sur l’intention « je respecte… » en faisant revenir à notre conscience l'intention cachée pour la rejeter définitivement. C'est seulement et seulement si cet alignement est réalisé que nous pourrons dire à nouveau : « Je le-la sens bien, je lui fais confiance. »

La vraie révolution de l’après sera dans la mise en œuvre de cette approche.

 

 



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